Vincent Delecroix reçoit le prix Claude Berthault de l’Académie des sciences
Chargé de recherche CNRS au Laboratoire bordelais de recherche en informatique (LaBRI - CNRS/Bordeaux INP/Université de Bordeaux), Vincent Delecroix est spécialisé dans l’étude de la géométrie des surfaces et des systèmes dynamiques. Il utilise l’informatique pour tester ses hypothèses mathématiques et jongle entre les deux disciplines.
À la frontière des mathématiques et de l’informatique, Vincent Delecroix a notamment étudié les systèmes dynamiques. Ce chargé de recherche CNRS au LaBRI a obtenu le prix Claude Berthault de l’Académie des sciences pour l’ensemble de sa riche production scientifique, remis ce 25 novembre 2025 à l’Institut de France à Paris.
« J’ai récemment bifurqué sur des recherches plus informatiques, mais l’objet central de mes travaux reste l’étude des surfaces : tout objet de dimension deux, explique Vincent Delecroix. Pour ce qui est des systèmes dynamiques, on peut typiquement imaginer la surface de la Terre sur laquelle il y a des mouvements, comme des courants marins qui déplaceraient un navire. Je cherche à décrire comment les choses vont progresser pour ce bateau, jusqu’à pouvoir prédire ses mouvements futurs. »
Ses travaux, de nature théorique, consistent par exemple à étudier la géométrie des surfaces. Dans des recherches récentes qu’il a menées en collaboration avec Oscar Fontaine, étudiant en deuxième année de thèse au LaBRI et Francis Lazarus, directeur de recherche CNRS au laboratoire Sciences pour la conception, l'optimisation et la production de Grenoble (G-SCOP - CNRS/Université Grenoble Alpes), il s’intéresse à une généralisation du problème algorithmique du calcul du plus court chemin entre deux points.
Le célèbre algorithme de Dijkstra, du nom du scientifique néerlandais qui étudia ce problème dans les années 1950, donne une solution générale à ce genre de questions. Dans le travail de Vincent Delecroix, il s’agit plutôt de comprendre comment la géométrie de la surface influence les plus courts chemins entre toutes les paires de points. « Et s’il existait des routes moins utiles que les autres pour tout relier efficacement ? », s’interroge le chercheur. Ces recheches s’inscrivent dans la continuité des travaux du scientifique Alexander Schrijver, néerlandais lui aussi, qui fit un lien fécond dans les années 1990 entre la notion de longueur et la notion d’intersection avec des courbes.
Vincent Delecroix a commencé sa carrière sur le problème dit du « vent dans les arbres ». On y trouve des obstacles dans le plan et des particules qui rebondissent dessus de manière élastique, à la manière d’un billard. Le chercheur y a montré comment la particule s’éloigne de son point de départ en fonction du temps.
« Le premier point d’accroche entre informatique et mathématique, c’est que l’on veut réaliser des expériences vis-à-vis du système, poursuit Vincent Delecroix. Pour cela, il faut arriver à programmer les objets mathématiques qui nous intéressent, et le faire de façon suffisamment intelligente pour avoir une représentation fidèle de ces objets. »
« Je m’interroge parfois afin de savoir si mon travail est bien pertinent d’un point de vue scientifique, c’est toujours bien et rassurant que mes efforts soient reconnus, réagit Vincent Delecroix à son prix Claude Berthault de l’Académie des sciences. Mes collègues trouvent super que je sois comme ça un peu entre les mathématiques et l’informatique, mais c’est parfois compliqué au niveau des postes et des institutions. C’est donc bien que ce positionnement soit récompensé par les institutions. »