Aude Sportisse : l’apprentissage machine, potentiellement profond
Aude Sportisse a rejoint en 2024 le Laboratoire d’informatique de Grenoble (LIG - CNRS/Université Grenoble Alpes) en tant que chargée de recherche CNRS.
Quel est votre domaine de recherche ?
Aude Sportisse : Mon domaine de recherche actuel est l’apprentissage machine profond. Je développe des méthodes et algorithmes pour le traitement des données incomplètes. Ce type de données peut se manifester dans plusieurs cas de figures. Lorsque les médecins n’ont pas le temps de prendre toutes les mesures cliniques des patients, lorsque certaines radiographies sont annotées ou non, ou dès lors qu'il y a un doute sur le diagnostic, si le médecin hésite entre le stade 2 et 3 pour une certaine maladie. Dans chacun de ces cas, le but est d’apprendre des modèles prédictifs ou d’estimer des paramètres d’intérêts en tenant compte de l’incomplétude et de la qualité des données en entrée. Enfin, j’essaie de placer mes travaux dans un cadre réaliste, lorsque la sous-population des données observées n’est pas représentative de la population générale.
Qu’avez-vous fait avant d’entrer au CNRS ? Pourquoi avoir choisi le CNRS ?
A.S. : Avant d’entrer au CNRS, j’ai effectué une thèse à Sorbonne Université, sous la direction de Claire Boyer et de Julie Josse. J'ai également travaillé avec Pierre-Alexandre Mattei et Charles Bouveyron à Inria Sophia Antipolis. J’ai obtenu une bourse de post-doctorat sur deux ans et je suis restée un an de plus à l’Université Côte d’Azur. Ma thèse portait sur le traitement des données manquantes. En post-doctorat, j’ai continué à travailler sur la thématique des données incomplètes, mais avec un paradigme et de nouveaux outils, avec l’apprentissage semi-supervisé profond. J’ai contacté l’équipe APTIKAL du LIG et j’ai décidé de passer le concours de chargée de recherche, car je voulais continuer mon parcours dans la recherche publique, en France. Mes deux principales motivations à rejoindre le CNRS sont la liberté d’avoir une charge réduite en enseignement et la mobilité.
Qu’est-ce que qui vous a amené à faire des sciences informatiques ?
A.S. : Au lycée, je n’aimais ni les mathématiques, ni la physique, ni les sciences de l’ingénieur. On m’avait mise dans une case en terminale, en m’avertissant de ne surtout pas faire d’études scientifiques. Cela m’a contrarié et donc je me suis inscrite en licence de mathématiques, pour (me) prouver que les cases n’existent pas ! Je n’ai jamais fait partie des passionnés de sciences. Je fais ce métier, car je suis convaincue qu’il est d’utilité publique et c’est cet aspect qui me motive au quotidien. C’est notamment pour cela que je souhaite faire de la recherche avec des applications concrètes.