Benoît Iung, du CRAN, distingué par l’IFAC

Benoît Iung, du Centre de recherche en automatique de Nancy (CRAN, CNRS/Université de Lorraine), est lauréat du prix de service du French National Member Organisation. Ce prix récompense des chercheurs méritants, ayant servi au sein de l’IFAC. Le point sur ses recherches.

Les travaux de Benoît Iung portent sur le maintien en conditions opérationnelles (MCO) de systèmes ou objets majoritairement industriels, et ceci en regard de leurs performances et services attendus. Les recherches se basent sur l’état réel des composants (à partir de données capteurs) et de l’évolution de leur état. Le MCO est un axe complémentaire à la sûreté de fonctionnement de ces systèmes. Le MCO se construit ainsi sur l’intégration d’un ensemble de processus métiers avancés de surveillance/diagnostic, d’état de santé, de pronostic et enfin d’aide à la décision. De cette intégration doit résulter une évolution des stratégies d’exploitation ou de maintenance de ces systèmes vers de l’anticipatif, c’est-à-dire caractériser et suivre les dérives et dégradations d’un système afin d’anticiper ses situations de défaillance ou de non optimalité. 

Cette orientation anticipative est celle prônée par la discipline scientifique émergente de PHM (Prognostics and Health Management) initiée par la NASA il y a quelques années. Les contributions scientifiques de Benoît Iung portent donc majoritairement sur le développement de modèles/algorithmes pour certains de ces processus, sur l’intégration de ces processus dans une recherche d’optimalité, sur l’implantation de ces processus au sein d’architecture dite intelligente (ex. exploitation de technologies ambiantes) mais aussi l’ingénierie de ces processus dans une vision "système". La prise en compte des interactions est en effet difficile, puisqu’elle adresse non seulement le niveau composant mais aussi les niveaux sous-systèmes et système ce qui engendre beaucoup de complexités. De plus, l’intégration se fait de la conception du système jusqu’à son démantèlement, donc dans un objectif non seulement d’exploitation mais plus globalement de toutes les phases de son cycle de vie. En regard de ces modèles et/ou ingénierie, Benoît Iung et ses collègues sont à l’origine de quelques travaux fondateurs au niveau français par exemple sur la maintenance prévisionnelle, le pronostic ou encore la maintenance opportuniste ou la e-maintenance. 

Ses travaux trouvent aussi leur genèse au sein de partenariats industriels forts puisque la problématique MCO est un enjeu économique crucial dans de nombreux secteurs (ex. aéronautique, militaire, automobile, énergie). Certains domaines sont mêmes en lien direct avec la vie de tous les jours, comme par exemple la maîtrise du coût de MCO de sa voiture, l’anticipation de ses défaillances, l’évaluation de son potentiel restant en termes de déplacements réalisables … En ce sens, le PHM est considéré à ce jour comme un véritable axe de progrès pour gagner en compétitivité et fait partie intégrante de grandes initiatives au niveau national et international comme celle de l’usine du futur. De nombreuses collaborations avec des industriels ont été mises en place, avec les bateaux de la DCNS, avec EDF, ou encore avec Renault/Nissan dans la recherche d’une machine-outil dont la qualité des pièces produites est totalement maîtrisée en regard de la dégradation de ses composants mais aussi en émettant le minimum de rejets et en consommant le moins d’énergie possible. 

Un LabCOM intitulé PHM-FACTORY avec la PME PREDICT vient d’être sélectionné par l’ANR en début d’année 2015. PREDICT vend du service et deux progiciels pour mettre en œuvre sur des systèmes industriels des solutions PHM (diagnostic, pronostic, décision). Ils ont par exemple travaillés pour AREVA (site de retraitement), le CEA (combustible nucléaire), EDF, ARCELOR-MITTAL … Le but du Labcom est, dans un premier temps, de transférer les résultats du CRAN pour les « industrialiser » dans ces progiciels pour une mise en application, puis dans un deuxième temps, de mener une recherche en commun, en réponse à des besoins émergents, pour innover sur des nouveaux algorithmes de PHM et leur ingénierie afin de faire évoluer voire révolutionner ses progiciels. Enfin, au niveau d’IFAC, Benoît Iung a co-créé un workgroup transversal, le WG – AMEST, qui travaille sur les modèles et les méthodologies autour du PHM. Le but de ce working group est de fédérer au sein de l’IFAC les personnes autour de cette thématique en émergence et d’organiser des colloques.