Quatre lauréates en sciences informatiques du prix L'Oréal-UNESCO Pour les femmes et la science
En partenariat avec l’Académie des sciences et la Commission nationale française pour l’UNESCO, la Fondation L’Oréal annonce, pour la 20ème année consécutive, le palmarès du prix L’Oréal-UNESCO Pour les femmes et la science France. Parmi les 35 doctorantes et post-doctorantes de toutes disciplines mises à l'honneur en 2026, quatre lauréates effectuent leur recherche en sciences informatiques.
Anne Gagneux, décrypter la créativité des intelligences artificielles génératives
Doctorante au Laboratoire de l'informatique du parallélisme (LIP - CNRS/ENS de Lyon/Université Claude Bernard Lyon 1) au sein de l'équipe-projet commune Okham (CNRS/ENS de Lyon/Inria/Université Claude Bernard Lyon 1).
« Je travaille sur les intelligences artificielles génératives, ces outils capables de créer des images. À court terme, je conçois des modèles pour restaurer des images : supprimer un logo ou rendre plus nettes des images médicales et astronomiques. Je cherche à comprendre d'où vient la créativité de ces modèles, c'est-à-dire leur capacité à inventer. À long terme, l'enjeu est de combler le fossé entre leurs performances et notre compréhension limitée de leur fonctionnement. Mieux les comprendre, c'est pouvoir les utiliser de façon fiable dans des environnements rigoureux, en médecine ou dans l'industrie. »
Johanna Loyer, renforcer le chiffrement face aux futurs ordinateurs quantiques
Post-doctorante au Laboratoire d’informatique de l’École polytechnique (LIX - CNRS/Institut Polytechnique de Paris) au sein de l'équipe-projet commune Surycat (CNRS/Inria/Institut Polytechnique de Paris)
« Nous utilisons tous le chiffrement au quotidien, par exemple lorsque nous payons par carte bancaire ou effectuons un achat en ligne : il sécurise nos échanges et protège nos données personnelles. Les systèmes actuels seront vulnérables face aux futurs ordinateurs quantiques, des machines bien plus puissantes. De nouveaux chiffrements sont prévus pour les remplacer dès 2027. Mon travail consiste à vérifier qu'ils sont vraiment sûrs, en cherchant leurs failles avant qu'elles ne soient exploitées. C'est crucial : l'un des systèmes retenus a été cassé en phase finale de sélection. Or, c'est la confiance qui permet l'adoption des nouveaux chiffrements. »
Dhekra Mahmoud, prouver par les mathématiques qu'un système numérique est sûr
Post-doctorante au Laboratoire d’informatique, de modélisation et d’optimisation des systèmes (LIMOS - CNRS/École des Mines de Saint-Étienne/Université Clermont Auvergne)
« J'utilise les mathématiques pour déterminer si un système connecté ou une application n'a pas de faille cachée. Cela garantit que personne ne peut pirater vos données bancaires en ligne, ni intercepter vos conversations privées, comme sur WhatsApp. Cela protège aussi les systèmes connectés critiques, comme les systèmes médicaux ou les voitures autonomes, pour qu'un pirate ne puisse en prendre le contrôle à distance. À long terme, l'enjeu est d'anticiper les cyberattaques futures : imaginez un vote en ligne, qui devra résister même aux ordinateurs ultra-puissants de demain. »
Qianwen Tan, rafraîchir les bâtiments grâce à des façades qui stockent la chaleur
Doctorante au Laboratoire des sciences de l’ingénieur, de l’informatique et de l’imagerie (ICube - CNRS/Université de Strasbourg)
« Mon travail répond à une question simple : comment rendre les bâtiments moins chauds en été, sans abuser de la climatisation ? J'étudie des façades qui laissent circuler l'air et contiennent un matériau à changement de phase (MCP) capable de stocker et de restituer la chaleur. On peut l'imaginer comme une éponge qui absorbe la chaleur aux heures les plus chaudes, au lieu de la laisser entrer. Ce matériau existe déjà, par exemple dans un immeuble de bureaux primé à Metz. Le défi est d'en réduire le coût. »