Alexandra Wesolek et la théorie des graphes
Alexandra Wesolek est une chargée de recherche CNRS au Laboratoire bordelais de recherche en informatique (LaBRI - CNRS/Bordeaux INP/Université de Bordeaux) recrutée en 2026. Ses recherches s'articulent autour de la théorie des graphes.
Quel est votre domaine de recherche ?
Alexandra Wesolek : Mes recherches portent sur la théorie des graphes, c'est-à-dire l'étude des réseaux. Les questions que j'étudie se situent à la croisée de la structure et de la géométrie : quelle est la meilleure façon d'agencer les cordes d'un téléphone afin de minimiser les interférences (c'est-à-dire les chevauchements) ? Existe-t-il des algorithmes permettant de détecter de grands groupes de communication dans les réseaux sans fil ? Comment localiser une personne dans une grotte ? Bien que toutes ces questions puissent paraître très appliquées, j’étudie leurs versions théoriques. Cela signifie que je simplifie les problèmes afin de pouvoir apporter des réponses précises. Par exemple, je suppose que les cordes sont représentées dans le téléphone par des segments de droite, que les appareils sans fil peuvent communiquer exactement à l’intérieur d’une sphère de rayon donné, et que les grottes sont accessibles à chaque personne de la même manière et à la même vitesse. Bien que ces simplifications ne reflètent pas la réalité, elles permettent d’utiliser un ensemble varié d’outils mathématiques puissants et de jeter un pont entre les domaines de l’informatique et des mathématiques. Bien que ce travail soit fondamental, il est également fascinant et plein de surprises.
Qu’avez-vous fait avant d’entrer au CNRS ? Pourquoi avoir choisi le CNRS ?
A.W. Avant de rejoindre le CNRS, j’ai été doctorante à Vancouver, post-doctorante pour une courte durée à Lyon, post-doctorante et chargée de cours à Berlin, puis enfin professeure à Potsdam. Pendant toute cette période, j’ai soit bénéficié de bourses, soit occupé des postes un peu plus confirmés, ce qui m’a permis de suivre librement mon propre parcours. J’apprécie que le CNRS me permette de continuer à tracer ma propre voie, ce qui, selon moi, tient en partie à sa structure non hiérarchique. J’aime la manière dont les progrès sont réalisés, les événements organisés et la communauté créée : par des individus et des équipes passionnés qui se rassemblent naturellement. Il en résulte un solide réseau de collaboration, qui, à mes yeux, est unique. J’ai choisi le CNRS car travailler avec les autres de cette manière s’est avéré incroyablement fructueux pour moi par le passé. De plus, la qualité de la recherche au CNRS est très élevée, c’est donc un plaisir d’y travailler. En tant que chercheurs et chercheuses du CNRS, nous disposons d’une grande flexibilité et je pense que cela favorise la créativité, nous donne le temps d’assumer des responsabilités importantes et de nous attaquer aux problèmes avec persévérance (jusqu’à ce qu’ils cèdent).
Qu’est-ce que qui vous a amené à faire des sciences informatiques ?
A.W. J’ai toujours été attirée par le savoir, la beauté artistique et l’utilité. Aussi vague que cette phrase puisse paraître, il m’a été tout aussi difficile de choisir une filière d’études. J’ai passé un test à l’Arbeitsamt (l’équivalent allemand de France Travail). Ce test m’a conseillé de me tourner vers l’informatique, la grande passion de mes deux frères. J’ai donc décidé de ne pas suivre cette voie et de m’orienter vers les mathématiques. Le département de mathématiques m’a convaincu en m’expliquant que les jeunes diplômés en mathématiques affichaient le taux de chômage le plus bas (en Allemagne). Ironie du sort, je me suis finalement retrouvée en informatique J’ai la chance de mener des recherches sur les réseaux, qui allient l’utilité (algorithmes) à la beauté artistique (démonstrations et schémas), tout en m’offrant la possibilité d’acquérir des connaissances étendues, car les réseaux sont liés à l’algèbre, à la complexité algorithmique, à la topologie, à la logique et à bien d’autres domaines encore.