Marvin Lavechin, à l’intersection entre intelligence artificielle et sciences cognitives
Marvin Lavechin a rejoint le Laboratoire d’informatique et systèmes (LIS - CNRS/Aix-Marseille Université) en 2026 en tant que chargé de recherche CNRS. Ses travaux s'articulent autour de l'intelligence artificielle et les sciences cognitives.
Quel est votre domaine de recherche ?
Marvin Lavechin : Mes travaux se situent à l’intersection de l’intelligence artificielle et des sciences cognitives. Je cherche à comprendre comment les enfants apprennent à parler et à percevoir le langage, et à reproduire ce processus dans des machines. D’un côté, je développe des outils automatiques pour analyser ce que les enfants entendent et ce qu’ils produisent vocalement au quotidien (voir, par exemple, BabAR). De l’autre, je conçois des modèles informatiques qui « apprennent » le langage comme le ferait un nourrisson, à partir de sons bruts, sans étiquettes ni catégories prédéfinies, afin de mieux identifier les mécanismes qui rendent cette acquisition possible. Ces recherches ont des retombées tant fondamentales que pratiques : mieux comprendre l’acquisition du langage permet d’améliorer le dépistage précoce des troubles du développement, tout en ouvrant de nouvelles pistes pour concevoir des intelligences artificielles plus efficaces.
Qu’avez-vous fait avant d’entrer au CNRS ? Pourquoi avoir choisi le CNRS ?
M.L. Après ma thèse à Meta et au Laboratoire de sciences cognitives et psycholinguistique (Paris), j’ai fait un premier postdoctorat au Grenoble images parole signal automatique (GIPSA-lab - CNRS/Université Grenoble Alpes), où j’ai travaillé sur la modélisation de la production articulatoire de la parole, c’est-à-dire apprendre à une machine à reproduire les mouvements du conduit vocal pour produire de la parole. J’ai ensuite fait un second postdoctorat, aux États-Unis, entre Harvard et le MIT, sur la reconnaissance automatique du babillage, qui a abouti à l’outil BabAR. J’ai choisi le CNRS pour la liberté qu’il offre dans la conduite de mes recherches. Le statut de chercheur CNRS présente également un avantage unique pour mon travail interdisciplinaire, puisqu’il me permet de travailler aussi bien dans des laboratoires d’informatique que dans des laboratoires de sciences cognitives.
Qu’est-ce que qui vous a amené à faire des sciences informatiques ?
M.L. C’est une question difficile ! J’imagine que tout a commencé en classe de troisième, grâce à mon professeur de mathématiques, qui m’a transmis sa passion pour cette matière et m’a donné le goût des études. Rien ne me prédestinait à faire de longues études et cette rencontre a été décisive. J’ai ensuite conjugué les mathématiques et l’informatique à l’université, convaincu que cette combinaison m’offrait davantage de moyens de travailler sur des problèmes concrets. Ce qui me motive profondément, c’est l’interdisciplinarité : travailler au croisement de l’informatique, de la linguistique et de la psychologie me permet d’apprendre auprès de scientifiques aux horizons très différents, ce que je trouve particulièrement enrichissant.